JAPON : Deux fois plus endetté que la Grèce
A l’instar de la plupart des pays européens, le Japon se trouve de nouveau confronté au problème de sa dette publique. En raison d’un blocage politique, le ministère des finances a prévenu qu’il pourrait repousser certaines dépenses prévues dans le budget. En cause, une loi qui devait autoriser le gouvernement à émettre des obligations au-dessus d’un certain niveau d’endettement est actuellement bloquée par le Sénat, contrôlé par l’opposition.
Une dette abyssale
La dette publique japonaise totale dépasse le double du PIB, ainsi le japon est le pays développé le plus endetté du monde.
L’endettement du pays, contrairement aux pays occidentaux ne date pas d’hier ! Pour comprendre comment le Japon en est arrivé là, il faut remonter dans les années 90, période où le Japon a connu une crise très grave, après une période de prospérité économique marquée notamment par un accès facile au crédit, un boom de l’investissement, une montée des cours de bourse et une spéculation immobilière galopante.
Pour juguler cette crise et lutter contre la déflation, le gouvernement a multiplié les plans de relance coûteux : 13 plans successifs pour près de 140 trillions de yens entre 1992 et 2003 (environ 1.42 trillions d’euros). Aussi, la banque centrale du Japon s’est lancée dans une politique monétaire quantitative excessive.
Ces actions n’ont pas permis au Japon de retrouver sa prospérité d’avant crise, alors que tous les leviers (budgétaires et monétaires) ont été utilisés.
Evolution de la dette japonnaise (en % du PIB au 31 décembre)
Evolution des taux directeurs de la BOJ
Une situation économique préoccupante
Au mois de juillet, les exportations japonaises ont subi leur plus forte baisse depuis 6 mois. La crise des dettes souveraines européennes et la mauvaise santé de l’économie chinoise explique principalement ce recul. Ainsi, les exportations vers l’Europe ont plongé de 25.1%, et de 11.9% vers la Chine sur un an glissant.
La balance commerciale japonaise est aussi pénalisée par l’importation massive de produits énergétiques destinés à compenser l’arrêt de certaines centrales nucléaires. Par exemple, les importations en gaz naturel liquéfié ont progressé de 25%.
La production industrielle a pour sa part reculé de 1.2% en juillet par rapport à juin (alors que le consensus tablait sur une augmentation), signant le 3ème mois de recul de l’indicateur en 4 mois. Seul indicateur rassurant, le taux de chômage, stable à 4.3% en juillet, soit une baisse de 7.7% sur un an.
Le rebond de l’activité économique au Japon suite à l’accident nucléaire de Fukushima où le secteur de la construction avait, entre autre, tiré l’économie semble s’estomper. Le gouvernement a aussi annoncé que la demande intérieure (60% de l’économie nippone) pourrait perdre de son élan.
Le yen fort pénalise les exportations
Face au Yen, l’Euro est proche de ses plus bas, à 98.4 JPY pour 1 EUR. Rappelons qu’en 2008, avant que la crise financière n’éclate il fallait près de 170 yens pour obtenir 1 euro, soit une décote de plus de 40% de la devise européenne.
On observe la même tendance de fond contre la devise américaine. La paire dollar / yen se situe en effet proche de ses plus bas historiques à 78.3 contre 123 en 2007, soit une dépréciation du dollar de près de 40% sur 5 années.
Ces mouvements sur les devises pénalisent grandement les entreprises nippones qui perdent des points de compétitivité précieux, alors que leurs prix de vente restent inchangés. Les exportateurs, notamment dans l’industrie automobile sont donc contraints de délocaliser massivement leurs usines hors du territoire.
Si la Fed poursuit son programme d’assouplissement monétaire, et que la taille du bilan de la BCE augmente, sans intervention des autorités monétaires japonaises, un retournement de la tendance est difficilement envisageable.
Une situation démographique inédite
Les personnes âgées de plus de 65 ans représentent près d’un quart de la population, et le nombre d’enfants par femme reste très faible (1.4 en moyenne ces dernières années), et inférieur au seuil de renouvellement des générations. Le vieillissement de la population est donc inévitable, d’autant plus que l’espérance de vie dépasse les 80 ans, et continue de progresser.
D’après une étude de l’Institut national de la protection social et des problèmes démographiques, la population du Japon va chuter de 32% entre 2010 et 2060, et les personnes âgées de plus de 65 ans représenteront près de 40% de la population totale. Le nombre d’enfant de 0 à 14 ans sera divisé par 2 en 2060.
Une mesure forte pour diminuer l’endettement
Récemment, le Parlement japonais, conscient de la gravité de la situation a voté une loi qui prévoit le doublement de la taxe sur la consommation (l’équivalent de la TVA) d’ici 2015 : elle passera à 8% en avril 2014, avant d’atteindre 10% en octobre 2015. Cette mesure de restriction budgétaire vise à palier l’explosion des dépenses sociales et de santé.
L’objectif du gouvernement est d’aboutir à un déficit primaire nul en 2020, contre plus de 8% du PIB actuellement. Ce scénario est jugé trop optimiste par des études officielles.
Une mesure similaire avait déjà était prise en 1987, mais en raison de l’impact négatif sur la consommation, le gouvernement n’a pas reconduit l’expérience depuis.
La bourse du Japon en pâtit logiquement
Depuis la crise des années 1990, où le Nikkei 225 cotait alors 40 000 points, l’indice phare du Japon s’est fortement dégradé. Le problème de fond reste le même : la Banque centrale du Japon prête à des taux d’intérêt proche de 0 mais l’argent n’est pas réinvesti sur le territoire.
Actuellement, le Nikkei cote 8 700 points, alors que le plus bas historique de l’indice, atteint en mars 2009 était 7 000 points. L’indice est donc à 25% de ses plus bas historiques. L’orientation moyen terme de l’indice est neutre au sein du range 9 200 / 8 380.
Evolution du Nikkei depuis 1987
La dette du Japon n’est pas une source d’inquiétude immédiate car elle est détenue à 94% par des investisseurs japonais. Le haut niveau d’épargne permet à la population de souscrire des bons du trésor et ainsi à l’état de réussir ses différentes émissions obligataires. En effet, le taux à 10 ans reste inférieur à 1% (contre 2.25% pour la France environ).
A l’échéance de 5-10 ans, ou plus, la situation budgétaire pourrait devenir très problématique, surtout si le gouvernement ne fait rien pour relancer la natalité et que la crise économique perdure. La part de la dette détenue par des investisseurs étrangers augmentera, et le gouvernement sera contraint de concéder des taux d’intérêt supérieurs.
(Source : Zone Bourse)